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Conscience et Technique FM Alexander

La (psycho)phénoménologie, un autre regard sur la Technique ?

      Jacques Gaillard

     Membre du REX

(Groupe de recherche en explicitation)

Si, au-delà des ''gestes techniques'' d'intervention, on s'intéresse aux processus qui fondent la Technique Alexander, que peut-on en dire aujourd'hui? Qu'est-ce qui se joue, de corps à corps (mais à distance aussi) par ce toucher - cette présence? - si particulier de la Technique Alexander, qui la différencie radicalement d'autres techniques utilisant également le toucher? Mais à l'inverse qu'est-ce qui fait qu'elle se rapproche, dans ses effets, de techniques visant la pleine conscience? Et si la Technique Alexander n'était qu'affaire de conscience? L'objet de la Technique Alexander vise, me semble-t-il avant tout, le développement (qui est plus qu'un apprentissage) de la conscience, celui-ci permettant de gagner en clarté des intentions, en finesse des informations sensorielles prises de soi, en qualité de l'attention sur fond de présence attentive, continuement à ce qu'il est en train de se passer, et ceci pour être au plus près de ce qui est juste nécessaire à l'agir. Si c'est le cas, de quoi disposons-nous pour en rendre compte ?

 

Aujourd'hui, nous nous appuyons sur le modèle théorique et les concepts fondateurs de FM Alexander lui-même. Il n'est pas dans mon intention de les remettre en cause, même de les discuter ; j'aimerais simplement les soumettre à des approches d'investigation de l'humain plus contemporaines, en postulant que celles-ci délivrent une meilleure compréhension de l'efficience de la technique, donnant de nouveaux arguments à la validité de celle-ci. Enrichissant possiblement les pratiques d'intervention, peut-être aussi ?

Je ferai ainsi appel à la phénoménologie, une approche philosophique qui appréhende l'humain dans sa globalité, tout en tentant d'en faire apparaître les parties qui, dans leur dynamique, constitue la conscience. Je solliciterai également l'approche psycho-phénoménologique, méthode qui permet de rendre compte de façon descriptive, puis herméneutique, des actes de conscience.

Si en place d'''usage de soi'', on remplace le terme par conscience, à quoi cela ouvre-t-il ?  De quoi est fait, en termes d'actes mentaux, cognitifs, sensoriels, émotionnels, voire spirituels, l'usage de soi ?  L'usage de soi est un concept d'une grande richesse en ce qu'il ouvre à cette dimension négligée de notre culture, des rapports de continuité (quand tout est à sa place..) entre corps et pensée, et en dépit du fait que la formule tend à réifier le soi, comme s'il s'agissait d'une entité matérielle. Il serait plus juste de reconnaître que l'usage que l'on fait de soi fait partie du soi et de la conscience. C'est ce que j'aimerais aborder avec vous. En introduisant la dimension du ''soi'', Alexander ouvre également à des rapports qui incluent plus et davantage que le corps (valeurs, croyances, émotion, et qui sont aussi fait de et par le corps....la circularité des relations corps-pensée étant un des apports fondamentaux de la phénoménologie). Cette richesse ne peut cependant pas occulter cette évidence que la théorie d'Alexander reste très lacunaire concernant les actes mentaux, sensoriels, cognitifs par lesquels s'opère l'usage de soi. Pourtant, in fine, ce sont bien eux qui agissent sur la transformation de notre être au monde, rendant plus facile, léger, orienté, modulé, l'agir de quelque nature qu'il soit. Par exemple, qu'est-ce que je me fais intérieurement pour me rendre conscient des conditions juste nécessaires à réaliser une intention? Ou bien, qu'est-ce que j'adresse à moi-même de différent pour que des ''directions'' apparaissent, me désenclavant d'un hyper contrôle bloquant les espaces internes ?  Se désengager du ''end-gaining'', c'est fait de quoi ?  Qu'est-ce que je me fais pour ''inhiber les habitudes'', qui me permet de réaliser des actes dans des qualités dont je ne soupçonnais pas l'existence avant même qu'ils me soient apparus?  Que gagnerait la Technique à ce que soient clarifiés ces actes qui relèvent tous de la dynamique de la conscience ?

Mon intention est de faire apparaître de façon plus articulée, fondée sur des arguments, la fécondité opératoire de la Technique Alexander. En celà, il s'agit d'une visée résolument scientifique (qui ne peut qu'accréditer la reconnaissance de la Technique). Entendons-nous bien : qui dit science ne convoque pas nécessairement les méthodes et les paradigmes positivistes. C'est probablement une des lacunes de la méthode Feldenkraïs que de chercher à fonder sa validité sur des arguments exclusivement neuro et psycho-physiologiques qui renvoie à un ''corps objet''. (Et en celà, je rejoins Marie-France quand elle déplore que l'on réduise le soi à la dimension postiviste du corps). Mais si l'on quitte le domaine des sciences positivistes et que l'on introduit la dimension clinique et herméneutique, alors le corps devient lieu de l'inscription d'un sujet qui dit et revèle autant, sinon plus que la pensée. Je propose l'approche psycho-phénoménologique, laquelle permet de prendre en compte l'activité du sujet telle qu'elle lui apparaît subjectivement – et qui correspond bien à notre pratique- et de respecter des critères de rigueur scientifique qui sont nécessairement un plus pour la reconnaissance de la Technique Alexander. Pour en finir avec ce long préambule, je pense que le fait de mettre en exergue les actes de conscience nous permettrait de nous distinguer dans le champ des techniques somatiques qui, si elles visent bien toutes une transformation de l'usage du corps, sollicitent moins, me semble-t-il (pour avoir pas mal pratiqué le Feldenkraïs) la transformation de la conscience (quand bien même c'est un effet collatéral du fait d'apprendre à mettre autrement le corps en mouvement). Amener la question de la conscience et son fonctionnement au sein des techniques somatiques pourrait renouveler les recherches dans ce domaine. Ainsi pourrions-nous y trouver place tout en préservant notre singularité et en apportant toute la richesse de notre pratique.

Soit l'acte bien connu de tous, de se lever d'une chaise. Bien.... Je me propose, si vous le voulez bien, d'être à la fois l'acteur et le descripteur de cette action. La méthodologie permettant de réaliser, dans des conditions scientifiquement rigoureuses la description de vécus, est l'objet de travail d'un groupe de recherche, le GREX (www.grex.2), dont je suis membre actif. C'est par lui et sous l'impulsion de Pierre Vermersch, psychologue cognitiviste ayant introduit la dimension subjective dans ses recherches, que j'ai été formé à la psycho-phénoménologie et ses applications pratiques, entre autre l'introspection méthodologiquement réglée. Considérons que je veuille me lever de façon intentionnelle. Que se passe-t-il au moment où je fais naître cette intention? Répondre à cette question pose deux orientations radicalement différentes (mais qui peuvent être  complémentaires au moment de l'interprétation) : soit un tiers décrit les actes externes que j'exécute, moment après moment pour me lever, soit je me tourne vers mon vécu pour décrire les différentes ''couches'' qui le constitue. Sans détailler - quoiqu'il ne serait sans doute pas inintéressant d'être plus rigoureux dans la description que nous faisons de ce moment – vous constateriez que je penche le buste en avant, ressère le dos, me casse la nuque, l'ensemble donnant l'image d'un rétrécissement. Si vous aviez les mains posées sur moi, vous sentiriez mes cuisses se durcir, ma nuque se tendre. Rien là que de très habituel, dont nous avons des exemples réguliers lors de notre pratique. Et bien sûr, vous aviez compris que vous me trouvez là, avant d'avoir bénéficié des bienfaits de la Technique Alexander. Cette position en extériorité - dite en 3ème personne- est la plus courante. Lors de notre formation, nous développons cette expertise à décrire et lire ce qu'il se passe dans le corps de nos élèves (et aussi, à le sentir dans nos mains). Par contre, beaucoup moins fréquente est celle où le sujet, tournant l'attention vers lui, se fait descripteur de ses propres actes (description dite dans ce cas, en 1ère personne ; je vous renvoie, concernant cette question, aux nombreux articles du GREX, publiés dans Expliciter). Au moment où je décide de me lever, et avant même d'avoir bougé, je sens mon corps se tendre. Des ressèrements sont nettement perceptibles au fond de ma gorge ; ils irradient dans la nuque dont je sens la courbure se marquer davantage, et se logent entre mes omoplates que je sens se rapprocher l'une de l'autre. Le bas de mon dos se creuse et je sens le contact de mes fesses se faire plus ferme. La pression de mes pieds au sol augmente ; je les sens plaqués au sol. Les muscles des cuisses se font plus fermes ; l'articulation des genoux se ferme. Je penche le buste en avant, faisant passer l'appui de mes fesses vers le haut des fémurs rendant ce contact presque douloureux. A ce moment là, mes épaules s'incurvent légèrement vers le bas, la courbure de ma colonne lombaire s'inverse, les vertèbres baillant vers l'arrière. De là, je pousse sur mes pieds pour soulever mes fesses de la chaise ; la pression dans les genoux est très forte ; les muscles des cuisses sont à ce moment hyper tendus. Je pousse sur le sol pour allonger les cuisses. Quand je suis debout, je sens un poids très lourd dans mes pieds, avec l'impression d'avoir les jambes imparfaitement dépliées, de ne pas avoir le bassin au-dessus des jambes. Le tronc, mes côtes et le sternum en particulier sont comme tirées vers le bas, entravées dans leur jeu. Je me sens dans un corps étriqué, coupé de l'espace, l'attention focalisée sur les zones de tension. Et là, je commence à me demander comment transformer cet état extrêmement pénible. Voilà une description d'un mauvais usage de soi dans l'acte de se relever. Celui-ci m'est singulier. Bien d'autres existent possiblement. Qu'en est-il pour vous si vous le faites en vous laissant aller aux (anciennes?) habitudes (et que vous en réalisiez une description introspective) ?

Un premier constat important est de voir que, par la description de mon vécu, j'éclaire ce momentde successions d'actions que la description externe n'aurait pas pu saisir (si j'ai appris à le faire en me tournant vers moi-même). Des successions d'actes, d'évènements sont difficilement appréhendables de l'extérieur alors qu'ils peuvent être très finement fragmentés par une description en 1ère personne. Mais surtout, certains éléments importants de l'agir peuvent être reconnus par le sujet qui les a vécus, les sensations en particulier, mais aussi les focalisations attentionnelles. Cependant, les actes de l'introspection ne sont pas naturels, en tous cas très peu éduqués dans notre culture. Il faut donc apprendre à l'élève à se tourner vers son vécu, à en écouter la texture, à en recueillir les données qui le constitue. L'expérience est singulière, en cela elle est incorrigible. Je ne peux pas sentir, penser... à la place de l'autre, mais je peux par contre l'aider à apprendre à écouter plus finement ce qu'il sent, à des moments clef, et auxquels il ne porte pas attention habituellement (mais que je sens possiblement important pour lui)! Apprendre à repérer rapidement et finement où et à quel moment les premières tensions apparaissent, afin de suspendre ce que je suis en train de faire, de la façon dont je le fais, ne serait-il pas l'objectif premier de la Technique? Une des expertises du professeur d'Alexander est probablement d'apprendre à écouter par ses mains (mais pas que...) les données sensorielles qui lui parviennent du corps de l'élève et de lire en quelque sorte ce qu'il s'y passe, et de l'amener à s'y arrêter afin de les reconnaître, les entendre, les prendre en compte. Développer cette compétence à contenir par sa présence enveloppante l'élève, à un moment où il peut découvrir introspectivement beaucoup de choses (mais sans les lui livrer!) est, me semble-t-il, le socle de l'expertise du professeur Alexander. Eduquer cette ''lecture'' ne serait-il pas le rôle essentiel du professeur d'Alexander ?

Un deuxième constat extrêmement important que la description psycho-phénoménologique permet de faire apparaître est la succession micro-temporelle des évènements. Le fait qu'avant même d'avoir bougé, au moment où je me donne l'intention de me lever, je ressente des tensions dans différentes parties du corps est un phénomène pour le moins paradoxal et qui mérite qu'on s'y arrête. Si ce n'est pas le mouvement lui-même qui provoque celles-ci, qu'est-ce qui en est à l'origine alors ?  Il faut quand même bien que je m'adresse quelquechose, puisque mon état corporel se modifie. Le modèle phénoménologique de la conscience nous offre la clef de l'énigme. De façon très schématique et au risque du réductionnisme, la phénoménologie considère la dynamique de la conscience - qui n'est jamais un état – comme l'interaction de trois instances : l'activité attentionnelle (ou noèse dans le jargon), l'activité de recueil des états internes, des effets externes sur le monde (ou noème), l'activité de l'ego associée aux valeurs, aux croyances...(ou activité egoïque). Activité attentionnelle et activité noématique sont très intriquées. La façon de mettre en mouvement son attention (vers quoi je la tourne, selon quelles modalités je le fais) a des incidences sur le corps, sa disponibilité, son orientation, phénoménales. De nombreux cas étudiés dans nos recherches psycho-phénoménologiques en témoignent. Si je retrouve l'exemple de me lever et que je m'intéresse à cet aspect du vécu, que m'apparaît-il? Qu'au moment même où je me donne l'intention de me lever, je tourne résolument et avec violence l'attention vers (contre) moi, scrutant la position dans laquelle je me trouve, balayant d'un regard scrutateur les différents appuis de mon corps. La réponse corporelle (noème) est immédiate : des tensions apparaissent. Il me faut alors m'extraire de ces tensions pour bouger. Ce constat est extrêmement important (de très nombreux cas, et pas seulement cette seule description, le valident), car il met en évidence ce qui constitue probablement le coeur de la Technique Alexander : modifier l'activité attentionnelle afin de laisser les mécanismes d'adaptation naturels opérer. N'apprenons-nous pas d'abord, à travers cette technique, à adoucir le regard que nous portons sur nous, à limiter les projections attentionnellesvers le futur, à déplacer notre attention dans une micro-temporalité qui n'en fait plus un contrôleur, mais un témoin bienveillant. Peut-être, au bout du compte est-ce l'essentiel des apprentissages de cette technique. S'informer de l'apparition des tensions, pour rediriger son attention, la déposer en témoin bienveillant qui accompagne l'agir, sans le contrôler à priori. Ne serait-ce pas alors le rôle du professeur que d'aider l'élève à mettre en concience la relation activité attentionnelle-effets sensoriels afin qu'il comprenne ce qui se joue en amont de ses états corporels, puis de le rendre autonome pour qu'il puisse s'adresser les actes d'adoucissement, de ralentissement, de décrochage, de mise en veille de l'attention, et ainsi de s'accorder de vivre dans un corps disponible et léger? A ce point de mon exposé, une question s'impose : est-ce la transformation du corps et la recherche de la sensation juste qui est l'objectif d'apprentissage, ou bien est-ce les modulations attentionnelles (l'usage de soi justement, mais amendé par une nouvelle amplification théorique) à partir de l'écoute du corps? Apprendre à devenir attentif à son attention, éduquer l'élève à cela. Ce n'est pas du tout pareil. Une autre question pointe : si la qualité des sensations résulte bien de la qualité d'un rapport à soi via l'attention, alors peut-on considérer qu'ils puissent y avoir des sensations non fiables ? Le fait d'aller les chercher, certes, est un acte non fiable : cet acte mental témoigne d'un déni du fonctionnement de l'organisme, et c'est tout le mérite d'Alexander de l'avoir empiriquement repéré. Mais les tensions qui naissent du fait d'aller chercher des sensations pour agir sont elles, parfaitement justes, précieuses même car témoignant d'une mauvaise relation à soi. Un contrôle à priori casse en effet la nécessaire continuité corps-pensée, garante à partir du sentir, d'un agir adapté et se signale immédiatement par une mauvaise organisation corporelle. Ne faudrait-il pas plutôt voir dans les tensions, une information juste d'un rapport à soi, faux? Tout le travail résiderait alors à mettre en relation l'expérience sensorielle de l'élève et son activité attentionnelle, de faire apparaître que la façon dont il met en jeu son attention est responsable de ses difficultés, et d'apprendre à le rendre autonome pour retrouver le chemin de cette continuité corps-esprit nécessaire au geste adapté.

Mais l'attention est très dépendante d'une autre couche de la conscience : l'activité egoïque. Car si la fonction de celle-ci est bien une de nous ''tourner vers'', alors cette direction doit nécessairement avoir une origine. Et cette origine réside dans le ''qui''. Nous retrouvons la troisième instance hénoménologique de la conscience : l'activité egoïque, l'ego, le lieu où se joue la partition des croyances et des valeurs, qui dirige celle de l'attention vers ce qui a de l'attrait, de l'importance pour soi, qui met en jeu peur de mal faire, souci de (trop) bien faire, désir de briller, crainte d'être trop vu, fantasme de perfection, souci de se dépasser, d'être mieux que ce que l'on est, déni de soi, etc...

  Toutes ces dispositions affectives qui participent au mouvement d'end-gaining. Et de ce socle identitaire partent des ordres vers l'attention qui, cherchant à contrôler le devenir, coupent du rapport au présent et des nécessaires informations disposant à la juste adaptation. Le processus d'end-gaining n'est-il pas d'abord focalisation de l'attention vers ce qui devrait exister plutôt que vers ce qui existe, ici et maintenant? Il s'agirait donc de ''retrouver la conscience sensorielle de ce que l'on vaut, délivrée des effets inhibiteurs de ce que l'on aimerait valoir'' (1). Car, au bout du compte, l'expérience corporelle, même si elle est la plus saillante, la plus évidente n'est que le révélateur de l'engagement dans le monde, dans les limites de ce que l'on sait faire, mais aussi de ce que l'on a intimément choisi de faire. Il est à ce titre éclairant de rappeler que le processus d'end-gaining qui brisa la voix d'Alexander se produisait électivement quand il était en représentation (tiens...), c'est à dire à un moment où il tentait d'être mieux que ce qu'il savait pourtant (probablement) déjà bien faire.... On peut faire cette hypothèse que la désorganisation, de quelle que nature qu'elle soit, et les tensions qui en résultent, soient une réponse tout à fait adaptée au souci de n'être pas assez bien, de craindre de ''ne pas être à la hauteur'', de ne pas réussir, bref toute projection niant nos possibilités du moment, dont le but ultime et non conscient est de satisafaire les exigences (réelles ou supposées) de tierces personnes sur soi. (De nombreux cas de personnes avec qui j'ai travaillé valident cette hypothèse des ravages provoqués sur l'adaptation sensori-motrice, par l'emprise de tierces personnes sur elles. Notons que ce tiers peut être complètement imaginé : n'est-ce pas le cas quand l'on se met la pression en supposant qu'un public attende de nous plus que ce que l'on sait faire, quand on est en ''représentation'' ?).

On peut ainsi se demander si une ouverture de la Technique Alexander ne serait pas, via la prise de conscience des sensations et de l'activité attentionnelle, d'apprendre à suspendre certaines focalisations, à moduler croyances et valeurs, au risque de faire apparaître le socle identitaire des élèves, et de passer dans le champ de la psycho-thérapie. (N'avez-vous pas vécus vous-même, lors de votre formation, de profondes remises en cause identitaires?) Mais pourtant, in fine, c'est quand même bien ce qui s'exprime dans les dérégulations sensori-motrices pouvant conduire au mal-être, jusqu'à des pathologies beaucoup plus invalidantes. Apprendre à écouter et suspendre en conscience pour s'en détourner, les focalisations abusives, les centrations, tout ce qui entrave par des contrôles et des projections, la libre adaptation est peut-être le but ultime de la Technique Alexander. C'est ce que, personnellement, je pense, et en cela, je ne pense pas trahir la pensée du maître, mais plutôt enrichir un modèle dont les intuitions géniales ne demandent qu'à se développer, nourries par des concepts et des méthodes plus contemporaines.

 

 

(1) Jacques GAILLARD. Expérience sensorielle et apprentissage. Approche psycho-phénoménologique. L'Harmattan. 2004.

 

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